Point Sommet One Planet – Sommet pour le climat et la finance verte

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24 heures après le Sommet International qui a eu lieu à Paris et ayant pour objet le financement des politiques climatiques, Sciences Po Environnement en profite pour vous faire un petit point de retour sur la question.

Organisé par la France, les Nations Unies et la Banque Mondiale, le sommet avait pour but de mobiliser les acteurs de la finance afin de parvenir à une liste d’action et d’engagements financiers publics et privés internationaux pour accélérer la lutte contre le réchauffement climatique.

Et pour cause ! En effet, l’ONU rappelle dans son rapport annuel The Emissions Gap Report de 2017 que même si tous les engagements pris à la COP 21 étaient respectés, ceux ci nous mènerait néanmoins vers un réchauffement de 3,5°C. Un chiffre bien supérieur à l’objectif de 1,5°C et au seuil prudentiel de 2°C préconisé par les scientifiques…

La question du financement tourne autour de deux problématiques principales à savoir le financement de la transition écologique et le financement de l’adaptation des pays du Sud vulnérables aux impacts des changements climatiques. Le rapport de l’ONU mentionne notamment le désinvestissement des énergies fossiles comme un levier d’action pour accélérer la décarbonisation de l’économie mondiale[1].

Une étude de l’institut Louis Harris paru récemment montre également une demande importante des français pour des actions concrètes : en effet, ¾ des interrogés estiment que les pouvoirs publics communiquent beaucoup plus sur ces sujets qu’ils n’agissent réellement, et 83% considèrent que la priorité pour l’avenir doit être d’investir dans les énergies renouvelables plutôt que le nucléaire.

Nous vous proposons un petit condensé des engagements les plus relayés et marquants.

Quels engagements ont été pris au sein du secteur privé ?

–       Les banques françaises se sont engagées en amont du sommet : BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale et Naxitis s’engagent à ne plus financer le pétrole non conventionnel (sables bitumineux et forages arctiques). Cependant, certaines portes restent ouvertes au gaz de schiste.

–       91 entreprises regroupant 1500 milliards d’euros de chiffre d’affaire s’engagent pour la baisse des émissions de CO2. Réunis par le Medef 60 signataires ont pris des engagements de réduction de leurs émissions, 27 se sont dotées d’un prix interne du carbone et 34 vont inclure la prise en compte du risque climat dans leur stratégie.

–       8 entreprises (Crédit Agricole, Danone, Hermès, Michelin, SAP, Schneider Electric, Voyageurs du monde et le suisse Firmenich) vont créer un nouveau fonds Carbone Livelihoods de 100 millions d’euros pour améliorer les conditions de vie de 2 millions de personnes et éviter l’émission de 25 millions de tonnes de CO2 en vingt ans.

–       L’assureur AXA, critiqué par des ONGS pour ses engagements jugés insuffisants a annoncé l’accélération de son désengagement de l’industrie du charbon. 2,4 milliards d’euros seront retirés du secteur, et 700 millions des sables bitumeux. Un signal fort salué par plusieurs ONGs.

–        Un groupement de 225 grands investisseurs ont décidé de faire pression sur les 100 entreprises les plus émettrices pour qu’elles prennent en compte et s’adaptent aux impératifs climatiques. Les pollueurs seront pointés du doigts et enregistré dans un registre, on y compte notamment de grands groupes pétroliers et gaziers (bP, Chevron, Coal India, etc.) d’acteur du secteur des transports (Airbus, Ford, Volswagen, etc.) et de groupe miniers et sidérurgiques (Arcelor, BHP Biliton, Glencore etc.)

–       La Fondation Bill Gates, La Commission européenne et plusieurs pays comme la France ont pour leur part annoncé la mise à disposition d’une enveloppe de 650 millions d’euros dirigés vers l’agriculture et son adaptation au changement climatiques.

→  Et les Etats dans tout cela ?

–       Une coalition de fonds souverains (Norvège, Qatar, Koweït, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite et Nouvelle Zélande) se sont engagés pour que 5% de leurs nouveaux engagements soient « compatibles avec l’accord de Paris ». Cependant, aucun objectif chiffré de désinvestissement n’a été communiqué.

–       Le président mexicain, Enrique Peña Nieto a lancé un marché carbone commun sur le continent américain, sans les Etats-Unis, mais avec la Californie et l’État de Washington.

–       Toutes les institutions publiques françaises et l’Etat se sont engagés à signer une charte assurant que leurs actions sont cohérentes avec l’accord de Paris. La France a également fait part de son implication dans la nouvelle initiative de l’OCDE en prenant en compte l’enjeu climatique dans sa gestion des dépenses publiques.

–       La Commission européenne a affirmé sa volonté de faciliter les investissements en Afrique à hauteur de 9 milliards d’euros d’ici 2020. Ces investissements cibleraient «le développement de villes, de mobilités et d’agricultures durables, ainsi que vers l’agri business».

–       Bruno Lemaire, ministre de la finance et de l’économie a annoncé la mise en place de nouveaux produits d’épargne en faveur du climat : support verts dans les contrats d’assurance vie, ainsi que la mobilisation des sommes versées sur le livret de développement durable et solidaire pour des projets en faveur du climat.

–       La France a déclaré une augmentation de ses contributions au fonds d’adaptation pour les pays du Sud. Ils sont en effet portés de 1,2 milliard de dollars par an à 1,5 milliards. Une jugée bien trop insuffisante par les ONGs au vu des besoins des pays touchés et des engagements de la France dans l’accord de Paris[2].

 

Par ailleurs, la Banque Mondiale a annoncé l’arrêt de ses financement d’exploration et exploitation de pétrole et de gaz après 2019 pour s’aligner aux objectifs de l’accord de Paris.

Mais donc, que penser ?

Les engagements pris par le secteur privé sont salués par les ONGs, mais celles ci soulignent la tentation qui peut en découler pour les Etats de rester en retrait. En effet, ces derniers sont restés dans l’ensemble sur le banc de touche.

Les engagements pris par les Etats sont dans l’ensemble décrits comme trop faibles ou manquant d’ambition. En effet, bien que la Banque Mondiale se soit prononcée pour un désinvestissement ambitieux, les Etats sont restés réservés. Pas de calendrier de désinvestissement pour l’Etat français, malgré l’affirmation de Macron que « nous sommes en train de perdre la bataille ».  Pour la coalition de fonds souverains, seulement 5% devront être « en conformité avec l’accord de Paris ». De manière générale, le Président n’a pas donné de garanties sur l’aboutissement des chantiers climat lancés par son gouvernement.

Greenpeace déplore notamment l’action de l’Europe qui joue « bien en deçà de son potentiel en terme de changement climatique ».

Beaucoup d’intervenants ont également insisté sur la nécessité d’améliorer le cadre réglementaire pour clarifier les règles de la finance climat. Cependant, les règles du jeu restent très floues et les engagements pris par le secteur privé ne sont pas encadrés par les Etats. En effet, un rapport récent du groupe Attac sur la finance verte analyse le cas des obligations vertes et des obligations climats qui sont souvent mis en avant comme des outils aboutis de ce nouveau secteur. Leur rapport met en évidence le manque de régulation. Ainsi, Maxime Combes l’auteur du rapport affirme que « l’absence de définition claire et précise de ce qu’une obligation verte peut et ne peut pas financer, empêche de distinguer celles qui sont compatibles avec l’environnement ou le climat et celles qui ne le sont pas ».

Dans l’ensemble, on peut reprendre les mots de mots de Fanny Petitbon de l’ONG CARE France qui affirme que « Ce One Planet Summit marque une forte mobilisation des acteurs non-étatiques. Il faudra veiller à ce que la promesse soit tenue, mais l’annonce d’Axa [premier assureur au monde] est un signal fort par exemple. Mais il ne faudrait pas pour autant que les Etats en profitent pour faire moins. »

 

Eloïse Morales

 

[1] Pour rester sous deux degré il faudrait laisser dans le sol 1/3 des réserves de pétrole, 50% du gaz et 80% des réserves de charbon.

[2] Seulement 17% des fonds français consacrés au fonds d’adaptation, contre l’objectif de 50 de l’accord de Paris.

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